samedi 15 avril 2017

Urbex : Les ruines de Guerre



C’est une visite plutôt particulière que j’ai engagée ce jeudi ensoleillé. Cours de Statistiques le matin, envie de prendre l’air… Direction mon ancien Lycée en bord de mer pour voir un peu ce que c’est devenu en 1 an et revoir quelques anciens profs !

Mais cette plage, elle n’a pas vécu un débarquement au fait… ?

Mais si ! Les bunkers qu’on nous interdisait d’approcher ! (D'ailleurs on appelait ça les Blockhaus nous...)

Je ne suis pas très en confiance, je sais que les falaises sont fragiles mais je reste prudent, je sais à quoi je m’attaque. Je connais bien l’endroit, on s’y glissait… il y a 4 ans. Oui, bon ça a probablement un peu changé en 4 ans.

Je me dirige vers un endroit où je sais pouvoir garer ma voiture sans attirer l’attention et marche un peu jusqu’à la barrière que je dois escalader pour atteindre mon but.

Escalader ? Ah, non. Elle a été vandalisée depuis, je n’ai qu’à enjamber ce qu’il en reste. Mais avant ça un panneau que je connais très bien m’annonce la couleur : Ce que je fais est illégal, dangereux et je ne pourrais pas dire que je n’ai pas été prévenu (même si de petits malins ont ajouté leur touche personnelle à l’indication)


Je longe un premier bunker inaccessible, je sais où je vais et je sais plus ou moins ce que je vais y trouver. Je remarque que Batman propose des FREE HUGS, ça me rappel un peu les conventions, je souris en repensant aux bons souvenirs en continuant d’avancer. J’essaie de ne pas trop stresser, j’ignore dans quel état est la falaise et j’ai un peu peur de me trouver face au gouffre.


Je suis content de voir que mon Bunker est toujours debout. Il est bien là et la falaise à l’air en forme !


Je grimpe par un petit chemin qu’il faut gravir en courant, sans un peu d’allure il est presque impossible d’y arriver mais ça se fait plutôt facilement. Mes souvenirs du lieu sont assez vagues mais se rafraichissent très vite. Il est plutôt beau ce carré de verdure entouré de béton en fait.


Le sol me propose soit un bisou, soit une orientation politique mais ce qui me fascine surtout c’est la proximité de la falaise. Il y avait plusieurs mètres d’herbe avant mais il semblerait que la mer ait emporté une partie du sol… Mieux vaut ne pas trop trainer.


En regardant sur ma droite je prends un instant pour immortaliser le paysage qui est quand même très beau. Un peu de vent frais, un beau soleil : que demander de plus !


Je descendant dans le carré de verdure, c’est le chemin à suivre pour trouver cette entrée que je n’ai jamais osé approcher avant aujourd’hui. Je ne suis pas claustrophobe, mais la proximité des remparts de béton ne me rassure pas. J’ai étonnamment peur de me trouver en mauvaise compagnie (Ce lieu était connu pour abriter diverses activités aussi bien de petites fêtes improvisées que des échanges de drogues ou des échanges plus… charnels. C’est qu’on est tranquilles dans des bunkers à l’accès interdit.)


Un tag me fait penser à toutes ces personnes qui portent un tee shirt sans savoir d’où vient le logo… Ce n’est pas exactement le dessin mais le rapprochement peut être fait !


Je prends un instant, encore. C’est étrange cette sensation, je ne suis pas à l’aise. J’avoue que j’avais peur. C’est chargé d’histoire un Bunker. Et le lieu n’est pas fréquentable. Aller, je respire. Je suis seul. Une amie sait où je suis. Ça va bien se passer. L’entrée est juste là.


Enfin, je CROIS qu’elle est là. En fait non, c’est une espèce de toute petite pièce, peut-être une ancienne réserve, j’ignore complètement à quoi pouvait servir un endroit si petit… Mais il sert en tout cas maintenant de déchèterie.


Un puis de lumière me fait lever les yeux parmi le lierre. Je fais demi-tour et grimpe pour le prendre en photo du dessus, je n’avais pas fait attention à ce trou, heureusement que je n’ai pas essayé de marcher à cet endroit, j’aurais eu une drôle de surprise. (Je l’aurais probablement vu au dernier moment mais inquiet comme j’étais je guettais surtout l’éventuelle présence d’une autre personne).


Ce n’est pas l’entrée que je cherchais en tout cas… J’ai pourtant bien entendu dire qu’on pouvait ENTRER dans ce bunker, il doit y avoir un autre chemin.
Je continu mon chemin. Je n’ai qu’un ou deux pas de plus à faire pour comprendre : un chemin sauvage a été formé par les passages jusqu’à la porte du Bunker en contrebas ! Pas très sécurisé ce chemin d’ailleurs…


Je pèse le pour et le contre. « Sois prudent », « ne prend pas de risques inutiles », « fais attention à toi », « parfois il faut accepter de ne pas prendre un risque même si on aurait pu faire de supers photos ! » de sages paroles d’une sage personne. Je suis fragile, je le sais, je peux me blesser en ne faisant presque rien. Je ne suis déjà pas en confiance depuis que je suis arrivé… Je ne prendrais pas ce risque. Tiens ? J’entrevois la porte entre les branchages.


Je ne reviens cependant pas sur ma décision : c’est trop dangereux pour moi, je suis seul. Je rebrousse chemin mais j’ai une idée en tête pour ne pas repartir les mains trop vides.
Je descends à la base du Bunker où je sais se trouver ce que j’appellerais des meurtrières (vous savez, les toutes petites fenêtres qui servaient à tirer pour protéger les châteaux.). Je sais qu’elles sont là, j’en ai vu sur les autres Bunkers devant lesquels je suis passé.


Et en effet, elles sont bien là mes meurtrières ! Je me penche, me met à genoux et au final m’allonge complétement pour prendre des photos. L’herbe me chatouille le visage et je suis fasciné par l’intérieur. Une porte semble mener à un couloir ou peut-être une autre pièce mais pas directement dehors, un trou en bas du graph ne laisse pas filtrer de lumière, pareil pour la porte : c’est sombre.


Visiblement le tout commence à faiblir, une poutre de renfort maintien de plafond. Cette partie du patrimoine risque de s’effondrer dans quelques années, à moins que les falaises ne cèdent avant…


Je regarde à côté de moi et suis pris de vertiges. D’accord. J’ai compris le message : la falaise est vraiment proche et je ferais mieux de ne pas glisser.
Voici ce que j’avais devant moi :


Voici la limite de la falaise avant un gouffre droite de plusieurs mètres jusque sur la plage à marée basse et la mer à marée haute.


Et voici ce que j’avais à côté de moi :


Ainsi que sa limite :


Je rebrousse tranquillement chemin. Peut-être que je reviendrais accompagné pour visiter l’intérieur ? Pas sûr. J’ignore si ce possible couloir ou cette possible deuxième pièce peut valoir le coup de se risquer là-bas. Et d’éventuellement faire une mauvaise rencontre car même si j’ai été tranquille ce jour-là, je ne le serais peut-être pas une prochaine fois. Et l’effondrement des falaises n’est pas à prendre à la légère, ce n’est pas rare sur ces côtes, c’est même de plus en plus fréquent…

De retour à ma voiture je jette un œil à un autre Bunker sur lequel j’avais l’habitude d’aller m’assoir pour regarder la mer avec une amie. Je ne sais plus qui d’ailleurs, c’est fou. Ça ne fait pourtant que 4 ans mais il s’est passé tellement de choses depuis.

Les Bunker aussi ont dû oublier. Un jeune couple est tranquillement installé, c’est assez simple de grimper sur le toit de béton quand on est un peu agile.


Finalement, le passé, le plus ancien comme le plus récent,  s’efface pour laisser place au présent. À la suite.

À bientôt

vendredi 6 janvier 2017

Urbex : La Maison Fermée

Il y a une maison que j'ai toujours connue abandonnée. Des problèmes d'héritage entre les enfants des propriétaires avaient mis la vie de cette belle longère typiquement Normande en pause depuis 10 ans déjà.

J'avais déjà essayé d'y faire un tour, mais elle était couverte de végétation ! Je n'avais accès à aucune porte ou même aucune fenêtre et j'avais laissé tomber l'idée de la visiter depuis longtemps.

Mais il y a peu de temps, j'ai appris quelque chose qui changeait tout : la maison avait brulé.
C'était, dans le malheur de perdre ce beau bâtiment, une occasion inespérée. Peut-être que l’incendie avait ouvert un accès ? Peut-être que les pompiers avaient dû enfoncer la porte close pour éteindre les flammes ? Peut-être qu'il restait de belles choses à prendre en photo ?

Au lendemain du nouvel an j'ai enfilé mon bonnet, mis des gants, pris mon portable, 3 amis qui étaient chez moi et hop ! Tout le monde de sortie !

Nous nous sommes rendus à La Maison Fermée en nous demandant ce que nous y trouverions. Peut-être que l'incendie avait tout emporté après tout... Où peut-être qu'il y aurait du monde, pas forcément pleins de bonnes intentions ? Des pilleurs ou des squatteurs ?
Et peut-être qu'on allait se faire pincer par les voisins ou la police ?

L'endroit avait l'air calme bien que passablement exposé.



La maison n'était plus du tout couverte de végétation et la porte qui me barrait le passage n'était plus là. (le toit non plus d'ailleurs.)





Nous avons vérifié la stabilité du bâtiment et écouté un peu les bruits de la maison avant de nous aventurer à l'intérieur, préférant éviter de finir sous un mur fragilisé par le feu et le gèle.
L'endroit semblait plutôt sécurisé, nous sommes entrés, moi en tête du petit groupe.

Une fois à l'intérieur, le silence de la nature gelée était plus apaisant qu'inquiétant. Notre visite prévoyait d'être tranquille finalement.
La pièce dans laquelle nous sommes entrés étant déserte, j'ai directement changé de lieu, remarquant que la porte à ma gauche semblait réserver plus de surprises.

J'entrais dans ce qui me paraissait être une salle à manger et constatai aussitôt que cette pièce avait été largement préservée des ravages des flammes
Sur la cheminée, des bougeoirs m'ont fascinée, les bougies qu'ils portaient n'étaient pas fondues : elles s'étaient tordues avec la chaleur ! Le spectacle était plaisant à observer


Une vieille horloge se trouvait entre les deux chandeliers



À côté de la cheminée qui portait les chandeliers et l'horloge se trouvait une armoire dont une seule porte s'ouvrait, mais c'était largement suffisant pour découvrir ce qu'elle gardait précieusement à l'abri.

Des manteaux, des vestes et beaucoup de fouillis au fond



Face à l'armoire, une armée de chaise attendait sagement de retrouver une utilité




Au plafond, un lustre pendait en assez mauvais état, tenaillé par le gèle donnant un plutôt bel effet au tout



Un vélo se trouvait dans une position relativement inconfortable et pas vraiment efficace, bien que je me demande comment il a pu arriver là, c'est le seul objet de la pièce entièrement brulé et dégradé par les flammes


Je crois que c'était un compteur électrique dans le coin de la pièce (Je ne sais pas trop, mais je crois que c'est ça.)


Une soupière à vaillamment résisté aux nombreuses épreuves et s'en sort en parfait état contrairement à tout ce qui l'entourait, peut-être un peu sale mais rien de méchant en somme.


En ressortant dans la pièce déserte de l'entrée, j'ai remarquée qu'elle n'était pas aussi vide qu'elle m'avait semblé l'être au premier abord.

Un petit meuble contenait des journaux (les anciens habitants du lieu les collectionnaient) dont celui le plus en haut datait de 2007, ce qui correspondait bien à ce que je savais déjà du lieu : 10 années d'abandon.



Trois décorations avaient elles-aussi survécu, accrochées à leur place

Une vieille bouillotte


Un genre de seringue géante (?)


Et une broderie (je crois) encadrée représentant un enfant avec un chiot dans les bras


Deux options s'offraient à droite : une grande pièce et une toute petite.
La plus petite l'était tellement que je ne m'y suis pas aventurée, je n'avais pas assez confiance pour entrer dedans et l'encombrement ne m'inspirait pas beaucoup. J'ai cependant pris quelques clichés.



La plus grande pièce était elle aussi plutôt vide, un peu comme le hall : une décoration accrochée au mur et un meuble contenant ce qui de loin semblait être des livres.

Je rendais justice au Jésus resté fièrement à sa place lorsque l'un de mes amis m’appelait pour que je vienne voir sa trouvaille


Le petit meuble ne contenait pas de simple livre mais des "journaux de bord" (peut-être pour lutter contre Alzheimer ?) où toutes les journées de la personne qui écrivait étaient consignées
"Le matin temps couvert, petites pluies ; soigné mes volailles, nettoyer les marmites et le rond ; semer un rang de radis et un de salade laitue paresseuse ; repiquer de la salade ; La factrice a manger à la maison"





Cette pièce donnait accès à une autre qui était une chambre très étroite où nous peinions à tenir à trois sans se marcher dessus.
J'ai reconnu un lit qui se camouflait en tas de gravas


Au sol à côté du lit se trouvait une télé qui m'a rappelé mon enfance, ça ne me semblait pas dater de si longtemps auparavant pourtant avant cette visite.


Et juste à côté de la télé : une armoire. Ouverte. Pleine de belles surprises !



Une édition malheureusement inutilisable de Don Quichotte De La Manche


Un enregistreur qui semble avoir oublié que nous avons changé d'époque, tout au fond de son rangement



Des photos de familles (que j'ai censurées)




Un chapeau plutôt cool


 Un poste de radio portable qui nous aura couté pas mal d'efforts à libérer, il était coincé contre le fond de l'armoire par des vêtement littéralement congelés et donc durs comme des planches



Mais l'objet que j'ai le plus aimé voir sortir de cette armoire fut la photo de Grand'Ma. Le genre de photo que l'on voit dans les films, ou quand on va chez son arrière-grand-mère. Je ne l'ai pas censurée car je doute que la personne qui apparait dessus puisse m'en vouloir de partager une aussi belle trouvaille


Sur un petit meuble impossible à ouvrir sa trouvait un miroir (qui ne reflétait plus grand chose)


Au pied du miroir, une lampe avait connu des jours meilleurs



L'interrupteur de cette chambre avait lui aussi un air de nostalgie. Quand un lieu est abandonné depuis quelques années, les modes changent autour de lui, mais lui reste magiquement hors du temps et c'est un plaisir à redécouvrir.


Les deux dernières pièces, bien que vastes, étaient entièrement vides et brulées. Seuls des cadavres de poutres porteuses calcinés gisaient au sol.

Notre curiosité nous invitait à visiter les sous-sols mais le froid, la fatigue et surtout l'état peu rassurant de la maison nous conseilla plutôt de rentrer chez nous.

Nous sommes alors parti après quelques derniers clichés extérieurs...





Je remercie mon amie Taronaru de m'avoir partagé ses photos.
Et les deux autres amis qui m'accompagnaient aussi ce jour là.
Cette visite à La Maison Fermée est la plus pleine de belles découvertes que j'ai faite et j'espère découvrir encore beaucoup de nouvelles choses, dans beaucoup de nouveaux endroits.